Les Voyages de Guillaume de Rubrouck

Les Voyages de Guillaume de Rubrouck

Synopsis

1253. L’Empire Mongol a conquis la quasi-totalité de la terra cognita. Louis IX, roi de France, envoie deux moines et un âne à l’autre bout de la Terre afin d’assurer la paix mondiale.

Les voyages de Guillaume de Rubrouck est un film sur les Flandres, les démons, le carnaval et la réalité virtuelle.

Actuellement en pré-production, le film a obtenu le soutien financier de Pictanovo. Il sera réalisé par la même équipe que celle de Salomé & Bukowski. Tournage prévu entre les Flandres et la Mer du Nord.

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Le géant de Guillaume de Rubrouck (à gauche) lors du carnaval de la ville.

Intentions

Histoire locale/histoire du monde

Le film est inspiré de l’histoire de Guillaume de Rubrouck, moine franciscain du XIIIe siècle, mandaté par le roi Louis IX pour se rendre dans l’Empire Mongol. A cette époque, l’Empire des fils de Genghis Khan occupait plus de la moitié de la surface connue de la Terre et menaçait très sérieusement d’envahir l’Europe de l’ouest. Guillaume, né dans le village flamand de Rubrouck, situé entre Dunkerque et Cassel, est envoyé à la fois en tant que missionnaire et ambassadeur non-officiel, ayant pour but de ramener des informations géographiques, politiques et culturelles sur ce peuple barbare, et éventuellement former les bases d’une alliance – une rumeur prétend qu’un des Khan est chrétien.

Le voyage vers l’Empire Mongol, en 1253, est un voyage vers l’inconnu. Quelques rares personnes s’y sont rendues avant Guillaume, mais les relations avec les Mongols sont presque inexistantes. Les récits de leurs conquêtes ont, par contre, beaucoup voyagé. On les dit terrifiants et sanguinaires – ils sont craints comme de véritables démons. Dans ces conditions, le voyage d’un moine flamand vers l’autre bout du monde apparaît comme un périple dont l’issue est incertaine. Mais, au-delà de l’apparence rocambolesque de son aventure vers des terres inconnues – qui pourrait sembler un parfait roman, une oeuvre fictive ayant pu inspirer Hergé – le récit de Guillaume s’attarde sur ses pensées, décrit ses états intérieurs, sonde des zones géographiques et psychiques qui n’avaient jusqu’alors jamais été cartographiées. Dans ce film, c’est le rapport au mystique, à la nature et aux territoires que je souhaite traiter.

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Le carnaval de Dunkerque. Ici, la bande Malo chahutant sur la digue.

Réalité

Guillaume part à la rencontre d’étrangers. Cette ouverture vers l’autre est mue par la conviction profonde qu’il détient la vérité – il porte la parole de Dieu – mais aussi par l’intérêt que provoque chez lui les mythes qui circulent autour de cette population. Il souhaite, dans une démarche qu’on pourrait qualifier de scientifique – ou proto-cartésienne, car le mot est joli – confronter ces légendes à la réalité vraie que lui offrent ses yeux. S’il dit ne pas croire aux récits populaires, sa réalité quotidienne est néanmoins façonnées par des mythes, par des interprétations de la réalité selon le prisme du divin et la croyance profonde en ce qu’il existe un territoire auquel l’humain n’a pas accès. La vie relève en grande partie du mystique. C’est ce double rapport à la réalité, ou plutôt, cette incertitude primaire quant à ce qui forme la réalité, que je souhaite explorer. Que ce soit aujourd’hui, à l’heure des réalités augmentées et virtuelles, ou il y a huit cent ans, à l’heure des visions divines d’Hildegarde de Bingen et de la certitude qu’il existât un autre monde, la question de la réalité et de ses multiples dimensions reste centrale.

Rites/nature/musique

De la confrontation entre l’imaginaire et le réel naissent les rites. Si de simples sandales nous permettent de traverser le Caucase, les rites sont aussi un moyen d’accéder à l’ailleurs. De nombreux rites contemporains, dépossédés de leur essence religieuse, prennent pourtant racine dans les rites chrétiens. Le carnaval de Cassel, fête flamande, traditionnelle et populaire qui se déroule le mardi gras, avant l’entrée en Carême, est un de ces héritages. La foule qu’il rassemble, les personnages inhumains, démoniaques ou quasi-divins qu’il présente, ainsi que la musique répétitive – Het Rezeulied, huit mesures jouées en boucle pendant des heures – créent les conditions d’une transe, d’une communion. Je souhaite mettre en scène cet héritage à l’écran pour nous faire entrer dans la psyché de Guillaume. Les sociétés du XIIIe et du XXIe n’ont a priori plus grand chose en commun. Ces rites, bien qu’ils aient évolué au cours du temps, persistent. Ils nous permettent de créer un lien entre deux époques, de mieux les comprendre, et affirment une certaine constance dans la nature humaine, qu’il est passionnant d’explorer. Leur essence est toujours présente, intemporelle, nécessaire à la vie.

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En plus d’utiliser des éléments traditionnels du carnaval de Cassel et des chants liturgiques chrétiens, dont la tradition musicale du carnaval est d’ailleurs largement héritée, je souhaite poursuivre l’exploration de la communion grâce la musique en utilisant des chants issus de la tradition américaine du Sacred Harp. Ces chants folks du XVIIIe ne nécessitent aucune connaissance du solfège pour être chantés. Ils présentent des harmonies grandioses, fondées sur une polyphonie de quatre voix, généralement chantées par des dizaines de personnes d’une même communauté. Ce rassemblement populaire est tout entier tendu vers l’ailleurs. Certains chanteront à la gloire de Dieu – les textes originaux lui sont très souvent dédiés – d’autres, athées ou païens chanteront pour la beauté de la musique, et les sentiments de bien-être et de puissance qu’offrent ce moment de rassemblement. C’est une mystique musicale, qui traverse les croyances et trouve son origine dans le besoin de rassemblement.
Cette caractéristique est partagée par la musique drone, dont on trouve des variations aussi bien dans les traditions écossaises qu’indiennes, australiennes que flamandes. Je souhaite m’appuyer sur ce patrimoine pour créer des ambiances sonores particulières en mêlant du drone aux sons de la nature. L’idée est de torde les ambiances naturelles, de les modifier légèrement pour créer une impression d’épaisseur. Cette couche enveloppe le récit et transforme imperceptiblement la nature.

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La Blue Lady du Bread & Puppet Theater, qui interprétera son propre rôle dans notre film.

Théâtre/Mystique

La Flandres est un pays essentiellement mystique. Il semble évident que sa lumière unique, élément primordial des tableaux de la renaissance flamande, peut être exploité aujourd’hui exploité par les caméras numérique. Le rapport à la nature, comme chemin vers le divin, a une place importante dans le récit de Guillaume. Pour le moine franciscain, la nature porte en elle l’équilibre divin – sa beauté, son harmonie sont autant d’évidences de Sa présence. Aussi, les paysages champêtres, infiniment plats, parfois boisés, des Flandres sont des éléments clefs du film. C’est par la contemplation et la recherche de l’harmonie que Guillaume voyage à travers la création divine. Ce lien puissant entre la foi et la nature est une des composantes principales de la pensée de Saint François d’Assise, qui appelle « frères et soeurs » les arbres et les montagnes. Il prêchait aux oiseaux, aux plantes, parlait aux rochers. Guillaume s’inscrit dans cette action : il traverse le monde et tentede convertir les êtres animés et inanimés qu’il croise à la parole du Christ.
Cette dimension de prédicateur m’apparaît comme purement théâtrale. Le théâtre antique trouve ses origines dans la religion : les pièces étaient jouées aux cours des Dionysies, grandes fêtes célébrant le dieu du vin. La messe chrétienne, avec son public, ses codes, sa scénographie, ses personnages dont les fonctions déterminent l’avancement de l’intrigue, et ses rapports de force, n’est rien d’autre qu’une pièce de théâtre. Aussi, Guillaume est présenté ici comme un prêtre et comme un comédien. Avec Barthélémy, son séminariste-aide-de-camp-musicien, ils arpentent la scène du monde pour en rejouer le drame.

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